mardi, 07.11.17 - Bissau, Guinée-Bissau

Atelier portant sur le thème « Quel mécanisme pour une sortie de crise politique en Guinée-Bissau ? »

Les rivalités politiques à la base de l’instabilité en Guinée-Bissau rendent difficile la mise en oeuvre de l’Accord Conakry. Bien que signée par les élites politiques rivales sous l’égide de la CEDEAO, aucun signe d’avancement ne pointe à l’horizon. Il importe alors de s’interroger sur les causes profondes de cette situation de stagnation. Tel était l’objet d’un atelier organisé par le bureau Paix et Sécurité Centre de Compétence Afrique Subsaharienne de la Fondation Friedrich Ebert ce 07 novembre 2017 à Bissau en partenariat avec WANEP Guinée Bissau. En présence de plusieurs organisations de la société civile, des représentants du gouvernement, des universitaires, des juristes, des journalistes, des ONG, du représentant diplomatique de la république Fédérale d’Allemagne en Guinée-Bissau, des représentants de la CEDEAO, des experts-chercheurs et des chefs religieux, le mécanisme pour une sortie de crise politique en Guinée-Bissau a été débattu de long en large.

Photo : Cérémonie d’ouverture de l’atelier

Photo : Vue des participants

A l’ouverture de cet atelier, les organisateurs que sont WANEP Guinée-Bissau et le bureau Paix et Sécurité Centre de Compétence Afrique Subsaharienne de la Fondation Friedrich Ebert ont, dans leur mot de bienvenue, campé le décor et les objectifs visés par cette rencontre. A leur suite, le représentant de l’Etat en la qualité de Monsieur Osiris FEREIRA, juge conseiller à la cour suprême de justice a, dans son allocution, exprimé l’intérêt que le peuple Bissau-guinéen a, de s’unir pour construire un environnement politique, économique et social stable, indispensable pour un développement durable.

Le thème, objet de l’atelier, a été introduit par une présentation du Professeur Carlos CARDOSO où il a fait ressortir plusieurs facteurs qui sont souvent à l’origine de l’instabilité en Guinée-Bissau. Ses analyses provenant des informations collectées auprès des forces d’ECOMIB, des rapports de la CEDEAO, des Nations Unies, des livres et certains manuels académiques ont révélé que la Guinée-Bissau est un Etat fragile avec différents événements qui ont marqué son histoire. Selon le professeur, la Guinée-Bissau dispose de plusieurs ressources naturelles qui suscitent une convoitise de la part de certains acteurs politiques nationaux et internationaux afin d’avoir une main mise sur ces différentes ressources. De même, il existe des facteurs structurels non négligeables tels que : ses caractéristiques géographiques ; ses aspects socioculturels ; ses potentialités économiques ; le trafic de drogue ; son système et son histoire politique qui peuvent entravent sa stabilité.

Au terme de sa présentation, le débat a été ouvert. Sa richesse est due aux divers points de vue des parties présentes. Au nombre des réactions, on peut citer :

  • « Le premier ministre doit être une personne de consensus mais de confiance du chef de l’Etat» et « La réintégration sans condition des quinze (15) députés expulsés du parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) mais, conformément au statut du parti » qui sont, selon des participants, des formulations qui portent à confusion dans l’application de l’Accord de Conakry ;
  • La loi, qui ne permet pas la coalition entre les partis politiques après les élections mais plutôt avant. Juste pour évoquer le fait que les quinze députés expulsés du (PAIGC) ne peuvent pas se joindre aux députés du Parti de la Rénovation Sociale (PRS) pour constituer une majorité à l’hémicycle.
  • Le fait que tout Etat faible comme le cas de la Guinée-Bissau est le terreau fertile pour le trafic de drogue qui rime avec corruption, terrorisme et insécurité.
  • L’intervention coûteuse de la CEDEAO en Guinée-Bissau. La CEDEAO n’a pu réunir qu’environ 16% dudit budget.
  • La solution à la crise politique actuelle de la Guinée-Bissau reste entre les mains d’une dizaine de l’élite politique du pays.

Une panoplie de recommandations a été formulée au terme de cet atelier dont les principales:

  • Il faut une volonté politique d’aller vers un dialogue franc et sincère entre les différentes parties prenantes de la société Bissau-guinéenne ;
  • Engager le processus de la réforme du secteur de la défense et de la sécurité avec l’appui de la communauté internationale;
  • Une implication de la société civile dans la recherche de la solution à la crise politique et qui doit rester très loin de la chose politique afin de pouvoir revendiquer les intérêts de la population Bissau-guinéenne ;
  • La dissolution de l’Assemblée Nationale populaire et l’organisation des élections générales ;
  • Proposer une période de transition de cinq (05) ans afin de procéder à la réforme structurelle de toutes les institutions de l’Etat avant d’aller vers l’organisation d’élections générales ;
  • Travailler à ce que les richesses du pays soient bénéfiques à toute la population ;
  • La révision de la loi électorale ;
  • Essayer de trouver une solution à l’africaine c’est –à dire réunir l’élite politique de ce pays sur la tombe d’Amilcar Cabral ;
  • L’adoption d’un nouveau système c'est-à-dire abandonner l’actuel système semi-présidentiel pour adopter le système présidentiel ;
  • L’implication des femmes dans la politique afin qu’elles puissent avoir accès aux plus hautes instances de prises de décisions ;
  • Adopter une politique de conscientisation et de sensibilisation de la population sur ses droits.

Au terme de ces échanges, la nécessité d’un dialogue franc et sincère a été unanimement partagée par tous les participants. Mais avant, il est indispensable que les élites politiques comprennent que le dialogue est synonyme de concession de part et d’autre des protagonistes.

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